Quand les baleines font du « tourisme »…

Ci-joint un trés bon article publié le 28 avril 2008 sur CLICANOO.COM (le journal de la Réunion) et transmis par Michel Vély.

Ouvrez les yeux : les baleines arrivent!

Nos chères baleines ne vont pas tarder à arriver sur les côtes de La Réunion, où elles ont pour habitude de nouer des romances et donner naissance à de charmants baleineaux. Moments privilégiés dans la vie de ces malheureux cétacés, qui ont bien failli disparaître et que certaines nations chassent de nouveau au mépris des règles de protection édictées par la Commission baleinière internationale … 

Grâce à la protection des baleines et à la sanctuarisation relative des eaux de l’Antarctique, le mois de juin est devenu synonyme, à La Réunion et Madagascar, de saison des baleines – et même avec le whale watching, d’activité économique florissante sur l’île Sainte-Marie. Fait plaisant, depuis 2005, les observations se font précoces. Auparavant, on voyait rarement les grands cétacés – essentiellement des baleines à bosse, avant
la mi-juin. Or en 2006, la première caudale a été photographiée dans nos eaux le 4 juin. Quant au départ des baleines vers le grand Sud, il paraît se décaler de la mi-octobre vers
la mi-novembre. Un faisceau d’observations crédibles enregistrées depuis 2001 montre que les mâles traînent d’avantage que les femelles pour rejoindre les eaux chaudes, quand les mères, accompagnées de leur baleineau, seraient les dernières à mettre cap au Sud. La chose s’explique par le souci maternel de voir les petits engraisser au maximum avant d’affronter le long voyage de retour vers les eaux froides et nourricières du grand Sud. La grande transhumance de nos baleines qui naviguent sur 6 000 km, à 8 km/h de vitesse de croisière, depuis l’Antarctique, est motivée par la quête d’eaux chaudes et sûres propices à la reproduction en toute quiétude. En effet, les eaux peu profondes de nos baies les protègent contre les prédateurs qui menacent les baleineaux, tels que les orques ou les grands requins… Les vagues migratoires obéissent à un calendrier propre aux différentes espèces de baleines, ainsi qu’aux différents groupes d’individus. Certains croisent le long des côtes africaines, d’autres longent les côtes malgaches, d’autres encore optent pour les parages de Maurice et de
La Réunion. Lors de leur séjour dans l’océan Indien, les baleines sont au régime. Et pour cause, leur nourriture se compose essentiellement de krill, une soupe planctonique riche en minuscules mollusques, présente dans les eaux glaciales de l’Antarctique que les cétacés absorbent en filtrant l’eau de mer qu’elles avalent en grande quantité. Dépourvues de dents, contrairement aux cachalots, les baleines usent des fanons de leur mâchoire supérieure qui retiennent le krill.

Parmi les espèces qui gagnent les eaux de l’océan Indien à cette période, la plus commune n’est autre que la megaptera novaengliae ; le terme mégaptère (grandes ailes) vient de la taille de ses grandes nageoires pectorales. Notre baleine préférée est plus connue sous l’appellation de baleine à bosse, jubarte, humpback whale en anglais. Un surnom qui lui vient de ses petites bosses sur la tête ou de sa façon de cambrer le dos lorsqu’elle inspire en surface. Elle a le dos bleu foncé, un petit aileron dorsal. Son ventre est blanc. À l’âge adulte, elle peut atteindre de 14 à 19 m de long. On ne connaît pas l’étendue des populations de baleines à bosse de par le monde, faute d’études scientifiques poussées en
la matière. D’autres espèces ont également été observées rôdant autour de notre île, un peu plus au large comme la baleine australe ou le rorqual bleu. L’accouplement des baleines – jamais observé à La Réunion – donne un unique petit après onze à douze mois de gestation. Le baleineau mesure de 4 à 5 m pour 1 400 kg. Le nouveau-né, maladroit, éprouve quelques difficultés à nager aux premières heures de sa vie. La mère le supporte avec son dos pour le pousser régulièrement vers la surface afin qu’il respire. Pendant un an, le baleineau est choyé. Il se nourrit du lait maternel dont il peut ingurgiter jusqu’à 300 litres par jour. Le comportement des baleines à bosse est parfois spectaculaire comme la frappe des nageoires pectorales sur l’eau, qui donne “flippering” en anglais. Avec la caudale, on parle de « tail-slapping ». Enfin, le clou du spectacle, c’est le saut, encore nommé « danse du soleil ». En fait une parade nuptiale de Monsieur baleine pour séduire la dame de sa vie à la saison des amours. Mais d’autres hypothèses ont cours : moyen de se débarrasser des coquillages collés sur leur peau, intimidation, marquage de zone, inspection des alentours… Sous les flots, les baleines communiquent à l’aide d’une incroyable variété de sons. Elles élaborent des séquences structurées et harmonieuses. Les versions diffèrent entre régions, troupeaux et même d’une année sur l’autre, au sein d’un même groupe. En effet, les mâles introduiraient des variations sur une même mélodie depuis des années. Reste que ce chant spécifique permettrait d’ôter un sacré doute en océan Indien. En effet, en comparant les différentes mélodies régionales, les scientifiques pourraient ainsi déterminer si les baleines de Sainte-marie font partie du même groupe que celles de
La Réunion. C’est Le Globice, qui souffle (Ndlr : le terme est adéquat) cette année ses sept ans d’existence et compte dans sa base d’identification plus d’une cinquantaine de clichés de baleines à bosse scientifiquement exploitables. Il s’agit, à partir des photos de la caudale, véritable empreinte digitale de la baleine, d’identifier chaque individu. Pour l’heure, on n’a encore jamais observé à la Réunion deux fois la même baleine à quelques années d’intervalles, mais les premières mesures d’identification ne datent que de 2001. Le Globice travaille actuellement sur les données 2007 et espère pouvoir élargir son champ d’observation à la zone avec la coopération des chercheurs malgaches, plus particulièrement avec l’observatoire de l’île Sainte-Marie. A terme, on espère que les baleines de la zone livreront une partie de leur mystère. Pour l’heure, Madagascar, La Réunion et Maurice n’étant pas si éloignées que ça, on peut imaginer qu’une baleine de bonne famille hésite entre ces divers spots d’une année sur l’autre. Comme les touristes… 

Philippe Le Claire 

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